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Repos au Liban

1. P. Léonard demande à son supérieur de lui permettre un repos au Liban

Comme le P. Léonard continue à souffrir de son mal de tête, et près de deux mois après l’incendie du Collège de Maamouret-el-Aziz, le P. Léonard se croit autorisé à demander les moyens de retrouver sa santé. Il écrit à son Supérieur, le P. Ange de Clamecy :

Mon TR Père

Il y a deux mois, je voulais vous demander une chose, et j’avais même préparé la lettre. Mais l’incendie du Collège et la misère où se trouvent les religieux m’ont fait tout oublier.

Même à présent, je ne voudrais rien demander, si je n’étais pas presque forcé, à cause de ma santé, car je voudrais souffrir avec mes confrères les conséquences de l’incendie, après avoir passé d’heureux jours en leur compagnie.

Je m’adresse donc à vous TRP et je vous demande ce que j’aurais voulu vous le demander deux mois auparavant. Comme je souffre toujours, et ne sachant plus quoi faire, je vous prie de m’obtenir un congé pour le Liban. Qui sait, peut-être que ce voyage pourra me faire du bien. Tous les remèdes jusqu’à présent ont été inefficaces.

J’espère que ce voyage dans mon pays natal me remettra, et après il me sera possible de reprendre mes occupations dans le saint ministère. Il m’est très pénible de passer tout mon temps dans cet état. Les docteurs ne me prescrivent que les distractions. Tentons donc, TRP ce dernier remède.

Encore une fois, je vous prie, mon TRP, accordez-moi ce congé, et je vous en remercie d’avance…1

2. Nouvelle demande au P. Général

Le supérieur de la Mission demande à P. Léonard de s’adresser au P. Général à Rome, à qui seul revient le droit d’accorder des obédiences, quitte à soutenir sa demande par une lettre de recommandation. Le P. Léonard écrit au P.  Général :

Revme Père

Dans ma dernière lettre que je vous ai écrite pour le nouvel an, je vous disais qu’il y a un an que je souffrais d’un mal de tête acharné, au point que je ne pouvais même pas réciter l’Office divin, et jusqu’à présent, tous les remèdes sont restés inefficaces.

A présent encore, je souffre comme par le passé, et je ne sais plus quoi faire. Le médecin ne me donne plus de remède et me prescrit seulement un parfait repos mental, des distractions, des promenades, etc.

Il me dit aussi de faire un voyage au Liban, mon pays natal. Désirant recouvrer la santé le plus tôt possible, j’ai proposé le cas au RP Ange, Supérieur de cette mission, qui n’a fait aucune opposition et m’a dit de m’adresser à Votre Paternité Revme et que lui aussi vous écrira en ce sens.

Revme Père, je vous prie de vouloir m’accorder la permission de faire ce voyage, car comme je l’espère, l’air natal du Liban pourra me faire du bien et ainsi remis je reprendrais mes occupations dans le saint ministère. Je souffre beaucoup dans cet état inactif, et pour cela je voudrais tenter cet ultime moyen, et j’espère récupérer la santé…2

Le 19 mai, le P. Général répond qu’ils n’ont pas l’habitude d’accorder des obédiences si elles ne sont pas présentées par le Supérieur Régulier de la Mission, en l’occurrence, le P. Ange de Clamecy. Curieuse réponse ! Le P. Ange avait déjà joint à la lettre du P. Léonard la lettre suivante :

Revme Père

Le P. Léonard de Baabdath demande à Votre Paternité Revme un congé pour raisons de santé. Je souhaite que l’air natal soit plus efficace que les autres remèdes: la neurasthénie est chez Père Léonard, maladie mentale et morale. Je suis inquiet de cet état d’impuissance qui le rend incapable de tout travail et de la récitation de son office et parfois de la célébration de la Sainte Messe…3

Nous ne pouvons pas souscrire pleinement au diagnostic du P. Ange qui n’était ni médecin ni psychiatre pour définir la neurasthénie du P. Léonard une maladie mentale et morale. Nous laissons le verdict aux spécialistes et nous nous contentons de signaler la grande souffrance de ce brave missionnaire qu’il supportait avec patience.

Père Bruno de Pont-à-Mousson, supérieur du couvent S. Antoine de Padoue à Baabdath, de 1908 à 1914 (Le Petit Messager, février 1930)
Père Bruno de Pont-à-Mousson, supérieur du couvent S. Antoine de Padoue à Baabdath, de 1908 à 1914 (Le Petit Messager, février 1930)


3. Convalescence au Liban

Enfin, la permission fut accordée. À la fermeture des écoles, en juin 1911, le P. Léonard tente sa chance de guérison. Il regagne son village natal de Baabdath où il y resta quelques mois à la maison paternelle bien sûr, mais aussi sous l’ombre de la Balloutat el Hakleh (champ du chêne) où il avait l’habitude de passer l’été avec ses parents. Le climat réputé sec de Baabdath, ainsi que l’eau saine et vivifiante de sa source « Al-Araar » lui a sans doute donné une dose d’énergie.

Mais la plupart de son temps, il l’a passé avec ses frères Capucins au couvent S. Antoine de Padoue, où le Père Bruno de Pont-à-Mousson exerçait son ministère de curé de la jeune paroisse latine. C’est à lui que nous devons les jolies fresques de l’église qui conservent aussi les touches de P. Léonard ? Pourquoi pas ? Il avait des talents d’artiste : le théâtre et la musique ne lui étaient pas étrangers. Il entraînait les élèves de son école à Mardine à jouer la pièce de S. Tharcisius et leur faisait des exercices de musique.

L’Autel principal de S. Antoine de Padoue à Baabdath avec les fresques de P. Bruno de Pont-à-Mousson (Clôture du Procès diocésain, 28 octobre 2009).
L’Autel principal de S. Antoine de Padoue à Baabdath avec les fresques de P. Bruno de Pont-à-Mousson (Clôture du Procès diocésain, 28 octobre 2009).


Mais ce qui est le plus important c’est son administration des Sacrements du mariage et du baptême, notifiés dans les Registres de S. Antoine, en langue latine. L’acte de mariage, signé par le P. Bruno lui-même, est notifié ainsi :

Acte de mariage, N° 70, écrit et signé en latin par le P. Bruno (Liber Matrimoniorum, S. Antoine de Padoue, Baabdath)
Acte de mariage, N° 70, écrit et signé en latin par le P. Bruno (Liber Matrimoniorum, S. Antoine de Padoue, Baabdath)

En l’an du Seigneur 1911, le 8 juillet, après l’accomplissement de la dispense des bans, le frère Leonardus, missionnaire apostolique de l’Ordre des frères mineurs Capucins et mandaté par le curé de cette église de saint Antoine de Padoue du village de Baabdath, après avoir interrogé Elias fils de Hanna Saleh et Améné Geries Merhi, et Hilané fille de Michel Haddad et Khater Srour, en l’église saint Louis de Beyrouth, et après avoir obtenu leur consentement mutuel, oralement et face à face, a célébré leur mariage en présence des témoins connus Habib el Khoury et Saleh Antoine Saleh. En foi de quoi. 4

Le marié n’est autre que le frère de P. Thomas, son ami d’enfance, son confrère Capucin et son compagnon dans les divers postes de la Mission d’Arménie et de Mésopotamie. Nous ne sommes pas sûr si P. Thomas a pu assister au mariage de son frère. Ses lettres ne mentionnent pas sa venue à Baabdath en cette année-là. Pourtant, Sœur Jeanne Gabriel, sa nièce, affirme l’avoir vu à cette occasion, pour la première fois et la dernière fois ; elle avait alors 9 ans.5

Acte de baptême, N° 218, célébré par le P. Léonard et signé par lui, au bas de la page (Liber Baptizatorum, S. Antoine de Padoue, Baabdath)
Acte de baptême, N° 218, célébré par le P. Léonard et signé par lui, au bas de la page (Liber Baptizatorum, S. Antoine de Padoue, Baabdath)

Quand à l’acte de baptême, signé par le P. Léonard lui-même, il est notifié ainsi :

En l’an du Seigneur 1911, le 28 septembre, moi soussigné frère Leonardus, mandaté par le frère Bruno, curé de la paroisse de l’église saint Antoine de Baabdath, j’ai baptisé un enfant né le 3 septembre de parents légaux Habib Bou Ghannam et Adma Pharaon Nimr et il a été nommé Geries. Le parrain était Chaya Yacoub et la marraine Zahia épouse de Nassif Badwi.6

C’est probablement au cours de ce séjour de l’été 1911 que la photo du P. Léonard qui figure sur la page d’accueil de ce site et dans le menu « L’auteur » a été prise. Cette photo est celle que l’auteur a trouvée, déchirée, accrochée sur un mur dans la maison de son grand-père. Elle a déclenché en lui un sentiment d’attachement à ce religieux qu’il ne connaissait pas, ce qui l’a poussé à faire des recherches pour le connaître davantage.

1 Lettre du P. Léonard au Supérieur de la Mission, Maamouret-el-Aziz, 29 mars 1911, Archives Générales des Capucins à Rome, Fonds H72, Privati 15.

2 Lettre du P. Léonard au P. Général, Maamouret-el-Aziz, 29 avril 1911, Archives Générales des Capucins à Rome, Fonds H72, Privati 14.

3 Lettre du P. Ange de Clamecy au P. Général, Maamouret-el-Aziz, 25 avril 1911, Archives Générales des Capucins à Rome, Fonds H72, Privati 15.

4 Liber Matrimoniorum, N° 70, église S. Antoine de Padoue, Baabdath, Liban.

5 Entrevue avec l’auteur, Kfour-Liban, le 6/10/2002.

6 Liber Baptizatorum, p. 35, N° 208, église S. Antoine de Padoue, Baabdath, Liban.

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...et, une fois de plus, la bure franciscaine fut teinte du sang des martyrs...
LeonardMelki
© Farés Melki 2013