Récits du martyre
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Témoins du procès Maloyan
Cross

Jamil Mikhaël Sioufdji

Né à Mardine, en 1900, il raconte les détails de l’arrestation et du martyre de Mgr. Maloyan, d’après la version du bourreau lui-même, un certain Noury ; il ajouta le récit de trois autres laïcs martyrisés avec le courageux évêque. Il est l’un des 25 témoins au procès diocésain de Mgr. Ignace Maloyan. Il fut interrogé par P. Edouard Kurdy, vicaire patriarcal de Damas des Arméniens catholiques, en 1966.

Le 9 mars 1966, au siège du patriarcat, s’est présenté M. Jamil Sioufdji pour témoigner sur ce qu’il sait au sujet des supplices subis par quelques-uns de ses parents et proches et de leur mort pour l’amour de la Foi Catholique et de leur attachement à l’Église Catholique. Le Vicaire Patriarcal lui adressa les questions suivantes auxquelles il répondit comme suit :

Q. Quel est ton nom?

R. Jamil, fils de Mikhaël Sioufdji, né à Mardine en 1900.

Q. Où as-tu vécu à la date des massacres ?

R. J’ai vécu à Mardine, je fréquentais souvent l’église et je connaissais l’Evêque Maloyan, Youssef Azer, Jerjess Nahabia, et Amsih Malo [Maloyan] qui furent martyrisés pour l’amour du Christ.

Q. Comment eut lieu leur martyre ?

R. M. Noury, celui qui tua l’évêque Maloyan, me décrivit son supplice comme suit : « Je reçu les ordres de Mamdouh Bey et de Haroun Bey, qui eux-mêmes les avaient reçus du Sultan Rachad, ordonnant d’éloigner de Mardine les Arméniens. Mais Mamdouh et Haroun m’avaient ordonné de tuer ceux que j’éloignerais de Mardine, parce qu’il sont Chrétiens infidèles. J’ai déporté l’Evêque Maloyan avec plus de cent de ses ouailles, tous des hommes, à la citadelle zirzawane À notre arrivée là-bas, l’évêque me demanda de lui accorder une demi-heure de temps pour prier, je la lui ai donnée. Alors, il prit un pain sur lequel je l’ai vu prier, puis il distribua à ceux qui étaient avec lui, et ensuite il dit à ses compagnons : “Nous allons maintenant aux noces chez le Christ,  soyez forts dans votre foi” ; puis il se tourna vers moi et dit : “Fais ce que tu veux”. À ce moment-là, j’ai ordonné de les tuer tous. L’Évêque restait. Je lui ai proposé d’embrasser l’Islam pour que je le laisse en vie. Il refusa et me dit : “J’ai vécu dans la religion du Christ et je ne changerai pas, fais ce que tu veux”. À ce moment-là, j’ai tiré sur lui vingt cinq balles, mais il n’en est pas mort. Il m’a dit : “Ne te fatigues pas et ne me fais pas souffrir, prends de moi cette croix”. Je l’ai prise et j’ai tiré sur lui une seule balle, il en est mort. J’ai vu alors descendre sur ce Chrétien infidèle un feu du ciel qui nous obligea tous, avec les soldats à nous jeter par terre par peur ».

Au sujet de Youssef Azer

Mme Nejmeh Garabed, ma tante maternelle, m’a raconté la mort de Youssef Azer, qui est le frère de son mari. Ledit Youssef vivait à Deirkeh avec ses douze enfants et sa femme. Il était connu pour sa force. Lorsque les déportations ont commencé, Youssef fut appelé auprès du Gouverneur qui lui proposa d’embrasser l’Islam pour vivre, car c’est dommage qu’un « homme fort » (Abadaï) et des hommes comme lui meurent. Il refusa et déclara : « J’ai vécu et je meurs dans la religion du Christ ». Il le livra, lui, sa femme et ses enfants au convoi des déportations à un puits en dehors de Deirkeh. Là aussi, le gendarme du convoi des déportés lui proposa d’embrasser la religion de Mahomet. Il refusa en disant : « Je vais aujourd’hui avec ma femme et mes enfants au royaume du Christ ; aujourd’hui, c’est le jour de nos noces ». Alors, les enfants, puis l’épouse et puis Youssef furent massacrés.

Au sujet  de Jerjess Nahabia

Moi, personnellement, j’ai vu ce qui est arrivé à cet homme. Maître Lolé (Elie) Kisso construisait un phare dans un minaret de Mardine. Il appela mon cousin maternel, Jerjess Nahabia, ainsi que d’autres ouvriers pour travailler avec lui. Lorsqu’ils ont terminé la construction du phare, l’Autorité obligea Maître Lolé à embrasser la religion de Mahomet ; il accepta, et il monta au minaret et appela à la prière. Lui et ses enfants furent sauvés.

Mais ceux qui travaillaient avec lui, dont mon cousin maternel Jerjess, refusèrent, et leur sort fut la prison à la citadelle de Mardine. La veille de la fête de Ramadan, ils furent tous conduits pour être massacrés en sacrifice pour Ramadan. Jerjess ne pouvait pas marcher; il fut tiré jusqu’à la porte de la citadelle, là il leur dit : « Vous voulez me tuer parce que je suis Chrétien, tuez-moi et ne me faites pas souffrir davantage ». On lui donna un coup de pied et il tomba jusqu’au fond de la vallée où il fut fracturé.

Au sujet de Amsih Malo

Sa sœur, dont j’ai oublié le nom, m’a raconté ce qui lui arriva. Quelques gendarmes sont venus chez Amsih Malo, cousin germain de l’évêque Maloyan et lui demandèrent de leur dire où sont les armes que son cousin a cachées. Il savait qu’il n’y avait aucune trace d’armes chez l’évêque, c’est pourquoi il ne pouvait annoncer une chose qui n’existait pas. Mais après avoir subi patiemment beaucoup de supplices, il leur dit : « Conduisez-moi  au puits des monticules (lieu des cimetières) ». A l’arrivée là-bas, il se jeta dans le puits par suite des grands supplices ; ils ont alors tiré sur lui par leurs revolvers et l’on tué.

Chaque fois que l’un des siens allait s’informer à son sujet, on lui disait : « Il est bien et en prison. Il a demandé un tel mets ».

Après vingt jours, quand nous sommes allés pour enterrer Jerjess Nahabia, je me suis approché du puits et j’ai trouvé le cadavre de Amsih flottant sur l’eau. C’est ainsi que nous avons su sa mort.

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...et, une fois de plus, la bure franciscaine fut teinte du sang des martyrs...
LeonardMelki
© Farés Melki 2013