Cross

La route vers l’Autel

1. L’Institut Oriental de Boudja

Il convient de nous arrêter un peu pour faire connaissance avec cette Maison où chaque frère libanais allait poursuivre ses études pendant six ans.

Depuis de longues années, les Missionnaires en Orient s’inquiétaient de l’avenir de leur région. Devant la pénurie des missionnaires qui étaient pris dans les provinces italiennes, et les obstacles créés par les gouvernements italiens manipulés par les laïcs et les francs-maçons, ils proposèrent l’idée d’instituer un séminaire dans leur région même. L’idée fut d’abord rejetée par le Chapitre Général.

En 1880, la question fut de nouveau soumise à l’étude. L’île de Chio1 fut choisie pour être le lieu de ce séminaire. Il y avait déjà là-bas un couvent entouré d’un grand verger. L’air y était tempéré.

Mais l’homme propose et Dieu dispose. Le 3 avril 1891, un violent tremblement de terre secoua l’île ; les maisons et les églises s’effondrèrent, 5000 hommes restèrent ensevelis sous les décombres. Il fallait songer à un autre emplacement. Le choix se porta sur la localité appelée Boudja. Ce village est à 8 km de Smyrne, dans une plaine riante. Il est entouré de montagnes qui protègent du gel et du froid. L’eau venant des montagnes est très abondante. Tout cela amena les gens à l’appeler : Paradisi, Speciosi, Charumani, Boudja, c’est-à-dire Auréole des fleurs. Une ligne de chemin de fer en rend l’accès très facile.

Le 25 septembre 1881, le Pape Léon XIII autorisa l’érection canonique d’une Maison à Boudja. Le 17 avril 1882, l’archevêque de Smyrne posa la première pierre. Le 2 août 1883, les travaux étaient terminés. Ils coûtèrent 200.000 francs. Le couvent comptait 60 chambres et les divers offices. Il était entouré d’un grand jardin de 50.000m2 avec 300 arbres fruitiers et 5000 pieds de vigne.

Une solide clôture entourait le tout. On attendit le 4 octobre 1883, fête de S. François, pour l’inauguration officielle. Ce jour là, 19 candidats venus de San Stefano et de Philippopoli revêtirent l’habit capucin. Ils étaient les prémices de ce séminaire, appelé Institut Oriental et placé sous le patronage de la Vierge Immaculée.

2. Résultats encourageants

Après 15 ans d’existence, l’Institut avait formé 34 prêtres destinés pour l’Institut, 11 pour la Bulgarie, 5 pour Trébizonde, 6 pour Smyrne et 5 pour Beyrouth. Dans ce nombre ne figurent pas les frères laïcs. Pour l’année 1897, le couvent de Boudja comptait 26 membres : 3 novices laïcs, 4 dans le cours I de philosophie, 4 dans le cours II de philosophie, 5 dans le cours I de théologie, 5 dans le cours II de théologie, 0 dans le cours III de théologie, 5 dans le cours IV de théologie.2

Cette année fut marquée par la terreur ressentie surtout par les Arméniens, suite aux massacres horribles perpétrés contre eux au mois d’août : « Des familles entières se cachèrent dans les sous-sols, d’autres accoururent nous confier leurs enfants. Nous avons accueilli chez nous les garçons et mis les filles en sécurité chez nos voisines les Sœurs Franciscaines ».3

3. Deux nouveaux Baabdathiens à Boudja

Les nouveaux profès dirent un adieu définitif à cette maison de San Stefano où ils avaient passé six ans. Le fr. Léonard et le fr. Thomas venaient de prononcer leurs vœux simples pour trois ans et furent acheminés, un mois plus tard, à l’Institut Oriental. Les Chroniques de l’Institut notent :

« Au mois d’août sont arrivés venant du noviciat de San Stefano les frères : Thomas de Baabdath, Léonard de Baabdath »4.

Le 3 septembre eut lieu l’ouverture des cours, suivie, en novembre, par une semaine de retraite spirituelle. Sous la direction d’une élite de maîtres capucins, les étudiants allaient passer 6 années complètes d’études dont deux pour la Philosophie et quatre pour la théologie, avec une attention spéciale pour la conduite de l’étudiant, sa diligence et son éloquence. Pour Leeonard et Thomas les cours et les matières se sont réparties ainsi :

— Cours I Philosophie (1900-1901) : Apologie, Philosophie, Logique, Ontologie, Langue latine, Histoire profane.

— Cours II Philosophie (1901-1902) : Histoire de l’Église, Philosophie, Psychologie, Cosmologie, Langue latine, Histoire profane.

— Cours I Théologie (1902-1903) : Théologie dogmatique générale, Écriture sainte.

— Cours II Théologie (1903-1904) :  Théologie dogmatique spécialisée, Écriture sainte.

— Cours III Théologie (1904-1905) : Théologie morale, Histoire de l’Église, Patrologie.

— Cours IV Théologie (1905-1906) : Théologie pastorale, Droit canonique.

À tour de rôle, les étudiants avaient à prononcer, devant la communauté, un sermon ou une conférence pour s’exercer au ministère de la prédication.

Les novices Baabdathiens à Boudja, debout, autour du P. Gabriel-Marie Kneider, assis. A partir de la droite du lecteur : Fr. Thomas Saleh, Fr. Bonaventure Fadel, Fr. Léonard. La photo a été prise au Studio Calligeri d’Izmir et envoyée de Boudja, le 27 août 1900, deux mois après leur départ de San Stefano, au « noble vieillard Youhanna Saleh », comme c’est écrit au verso. Youhanna Saleh est le père du Fr. Thomas. (© Farés Melki)
Les novices Baabdathiens à Boudja, debout, autour du P. Gabriel-Marie Kneider, assis. A partir de la droite du lecteur : Fr. Thomas Saleh, Fr. Bonaventure Fadel, Fr. Léonard. La photo a été prise au Studio Calligeri d’Izmir et envoyée de Boudja, le 27 août 1900, deux mois après leur départ de San Stefano, au « noble vieillard Youhanna Saleh », comme c’est écrit au verso. Youhanna Saleh est le père du Fr. Thomas. (© Farés Melki)


4
. La route vers le Sacerdoce

Des 6 années d’études à Boudja, nous n’avons que quelques bribes de renseignements puisés dans les rapports annuels du président de l’Institut. Nous les présentons ci-après, dans leur brièveté :

« Le 10 février 1901 les frères Thomas et Léonard ont reçu la tonsure et les Ordres Mineurs.

Le 27 juillet 1901 a pris l’habit capucin Gabriel Cang devenu fr. Paul de Baabdath.

Le 24 juillet 1904, l’IIIme et Rme Seigneur Dominique Marengo o.p. qui était arrivé récemment à Smyrne comme Administrateur Apostolique du Diocèse de Smyrne a d’abord daigné conférer l’ordination aux jeunes de notre Ordre dans la chapelle de notre couvent. Dans cette ordination ont été promus à la tonsure et aux Ordres Mineurs le fr. Bruno, le fr. Elias, le fr. Daniel, le fr. Cosmos, le fr. Leopold, le fr. Damien, le fr. Amédée et le fr. Cornelius. À l’Ordre du Sous-diaconat le fr. Dionysius, le fr. Robertus, le fr. Celestinus, le fr. Franciscus et le fr. Athanasius et aussi à l’ordre du diaconat le fr. Thomas, le fr. Joannes Chrysostonus, le fr. Leonardus et le fr. Petrus.

Le 4 décembre 1904 ont lieu de nouveau des Ordinations dans la chapelle de notre couvent par lesquelles ont été promus à l’Ordre du Saint Presbyterat le fr. Thomas, le fr. Joannes Chrysosthomus et le fr. Leonardus ; et aussi au Diaconat le fr. Léonardus [autre que Léonard Melki]. Le 5-7 nous avons célébré avec solennité les fêtes du Triduum en l’honneur de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Marie. Le premier jour de cette fête du Triduum, le P. Thomas a célébré solennellement la première messe. Le P. Joannes Chrysostomus le second jour. Le P. Leonardus le troisième jour.

Le 18 décembre 1904, en conformité avec la prescription du Rme P. Général a eu lieu une rencontre académique en l’honneur de la Bienheureuse Marie Immaculée. Toutes les communautés religieuses qui sont à Smyrne ont accepté unanimement et avec joie l’invitation de notre Supérieur. Ainsi à 3h30 de l’après midi, nous avons inauguré cette solennité dans la grande salle de notre maison, située tout près du couvent et déjà préparée et décorée comme chapelle. Ont assisté notre IIIme et Rme Archevêque, le Vice-Consul de France, et de nombreux membres surtout du Clergé régulier et une foule tant catholique que protestante et schismatique. Etait rayonnante de beauté une image de Marie Immaculée, entourée de fleurs et ornée de lumière. Notre Supérieur célébra le premier les louanges de la Vierge Mère dans sa langue paternelle (l’allemand). Suivirent ensuite des discours composés en douze langues diverses, discours prononcés les uns en prose, les autres en vers. Souvent une musique prenait place entre l’une ou l’autre composition. Les langues utilisées furent les suivantes : le latin, l’italien, le français, l’allemand, le grec ancien, le bulgare, le slovène, l’arménien, le turc, le croate, le grec populaire et l’arabe. Vraiment toutes les générations te disent Bienheureuse ô Marie » 5.

Les étudiants de Boudja en 1904. Assis, entourés d’un cercle, à partir de la droite du lecteur : P. Léonard, P. Bonaventure, P. Thomas. (Archives de la Vice-Province des Capucins au Proche-Orient, Maison S. François, Mteyleb, Liban)
Les étudiants de Boudja en 1904. Assis, entourés d’un cercle, à partir de la droite du lecteur : P. Léonard, P. Bonaventure, P. Thomas. (Archives de la Vice-Province des Capucins au Proche-Orient, Maison S. François, Mteyleb, Liban)


5
. Le sanctuaire de Meryem Ana

Nous ne pouvons manquer ici de rappeler que Boudja était au cœur d’une zone mariale : Meryem Ana ou la Maison de Marie, près d’Ephèse, où selon la tradition, la Vierge Marie a été emmenée par Jean l’Évangéliste après la crucifixion du Christ, fuyant la persécution à Jérusalem, et y demeurant jusqu’à sa bienheureuse Assomption, ou dormition selon les orthodoxes.

L’autre fait qui marque une date dans l’histoire de l’Église est le concile d’Ephèse où Marie fut proclamée « Mère de Dieu ».

À chacune de leurs visites à ce vénérable sanctuaire, les Baabdathiens se reportaient à leur église bien aimée, N. D. de la Délivrance à Baabdath. Ici, de leurs cœurs d’enfants, montaient les louanges à Marie. Leur sacerdoce et leur vie religieuse et missionnaire étaient confiés aux soins de la Madone.

Le sanctuaire de Meryem Ana (http://fr.wikipedia.org/wiki/Maison_de_la_Vierge_Marie)
Le sanctuaire de Meryem Ana (http://fr.wikipedia.org/wiki/Maison_de_la_Vierge_Marie)


6
. Les nouvelles de l’Institut

À partir de 1905, les Analecta sont notre unique source d’informations. Elles se contentent de donner les nouvelles en quelques lignes :

« Le 10 avril 1905, ont passé l’examen de la prédication les Pères étudiants du Cours IV de Théologie en présence du T.R.P. Commissaire, Linus de Sterzing. Leurs noms sont : P. Bonaventure de Baabdath, P. Hadrien de Smyrne, P. Cyrille d’Erzéroum, P. Agnellus de Spittal.

Ces quatre nouveaux missionnaires, après avoir reçu du Rme P. Général les lettres d’obédience, sont partis chacun dans ses respectives Missions, c’est-à-dire : P. Bonaventure vers la Mission de Mésopotamie, P. Hadrien vers la Mission de Smyrne, P. Cyrille vers la Mission de Trébizonde, P. Agnellus pour être professeur au Séminaire Séraphique de San Stephano » 6.

« Le 21 juillet 1905, ont émis les vœux solennels les clercs : Fr. Vincent de Carlopago, Fr. Augustin de Modica, Fr. Paul de Baabdath, Fr. Cyprien de Calasclia, Fr. Angelicus de Smyrne, Et le Fr. Casimire de Gangi, laïc » 7.

« Le 23 avril 1906, ont passé l’examen de la prédication les Pères étudiants du Cours IV de Théologie en présence du T.R.P. Commissaire. Leurs noms sont : P. Thomas de Baabdath, P. Leonardus de Baabdath, P. Ludovicus de Smyrne » 8.   

Le 5 mai 1906, P. Léonard et P. Thomas furent destinés pour la Mission de Mésopotamie. Le 19 mai 1906, ils quittèrent cette chère maison qu’ils n’allaient plus revoir, après avoir obtenu leur patente de « Prédicateur Apostolique ». Les deux autres confrères, P. Paul et P. Elie, avaient à continuer encore une année, orientée particulièrement vers l’entraînement pastoral. À leur tour, le 23 avril 1907, ils passèrent leur dernier examen et reçurent leur patente de « Prédicateur Apostolique ».

Ainsi se termina, pour Youssef et Geries, ce long cycle de séjour et d’études en Turquie, étalé sur 12 années d’études, effectivement 11 années et 1 mois, et répartie ainsi :

— avril 1895    Arrivée à San Stefano au milieu de l’année scolaire préparatoire

—1895 – 1896 1ère année d’études à San Stefano

—1896 – 1897 2ème année d’études à San Stefano

—1897 – 1898 3ème année d’études à San Stefano

—1898 – 1899 4ème année et fin des études à San Stefano

—1899 – 1900 Une année de noviciat à San Stefano

—1900 – 1901 Cours I Philosophie à Boudja

—1901 – 1902 Cours II Philosophie à Boudja

—1902 – 1903 Cours I Théologie à Boudja

—1903 – 1904 Cours II Théologie à Boudja

—1904 – 1905 Cours III Théologie à Boudja

—1905 – 1906 Cours IV Théologie à Boudja

Les novices Baabdathiens ont bien travaillé. Les notes de Boudja le prouvent.

1Ile grecque dans la partie est de la mer Egée.

2 Rapport du P. Linus de Sterzing, Analecta, 1897, p. 234.

3 Ibid.

4 Ibid.

5 Analecta, 1905, p. 305.

6 Ibid.

7 Analecta, 1906, p. 287.

8Analecta, 1906, p. 288.

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...et, une fois de plus, la bure franciscaine fut teinte du sang des martyrs...
LeonardMelki
© Farés Melki 2013