Récits du martyre
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Témoins du procès Maloyan
Cross

Toufic Ghisso

Né en 1905, Arménien catholique, il raconte en détail  l’emprisonnement et le martyre de Mgr. Maloyan, en s’appuyant sur le témoignage de l’un des bourreaux. Il est l’un des 25 témoins au procès diocésain de Mgr. Ignace Maloyan. Il témoigna devant le T. R. Père N. Sabbagh, curé de la paroisse de Hassaké, en 1966.

Je suis né à Mardine, en 1905. En la Fête-Dieu 1915, j’ai vu deux gendarmes conduire l’Archevêque Maloyan en prison. Deux jours après, je suis allé à la prison avec ma grand-mère, qui apportait de quoi manger à mon oncle Karma, emprisonné avec les autres Chrétiens. Là, j’ai entendu le chef des gendarmes, nommé Nouri Ombachi, demander à l’Archevêque Maloyan de lui révéler les noms des insurgés contre le gouvernement et les lieux où sont cachées leurs armes. Il lui répondit : « Nous n’avons ni insurgés ni armes cachées ». Alors le chef gendarme donna l’ordre à un soldat de lier les pieds de l’archevêque avec le cuir de son fusil et de lui donner des coups sur la plante des pieds. Ce qu’il fit de suite. Et à chaque coup reçu par l’archevêque, je l’entendais dire : « Mon Dieu, ayez pitié de moi ».

Après une dizaine de jours, le nommé Bacho-el-Sarraj, habillé en militaire, est venu chez nous à la maison. Il avait travaillé comme manœuvre chez mon père. Il nous dit en secret qu’il était un des soldats « Khamsine » qui avaient conduit l’Archevêque Maloyan et son groupe hors de Mardine. Puis je l’entendis raconter à mon père ce qui suit :

« Nous avons lié les Chrétiens quatre à quatre et nous avons mis au cou de l’archevêque et des notables de lourds barreaux de fer. Ainsi nous les avons conduits hors de Mardine, en direction de Diarbakr, à l’endroit nommé Aderechek, près de cheikhan . Puis nous avons réuni les Kurdes de la localité pour nous aider à tuer tous ces gens. Le chef gendarme adressa de nouveau la parole à l’archevêque Maloyan lui proposant de renier sa religion et d’embrasser l’Islam, pour le nommer leur chef religieux (Cheikh). Il refusa sa demande et dit qu’il était prêt à mourir pour la religion du Christ. Puis l’archevêque demanda au chef gendarme la permission d’adresser quelques paroles à ses fidèles. Il le lui permit. Alors l’archevêque dit à ses fils : “Aujourd’hui nous sommes invités aux noces chez le Christ, et dans une heure nous serons à sa table”. Puis il demanda du pain, on le lui donna. Il pria sur ce pain, et en donna à chacun de ses compagnons. Après quoi il dit au chef gendarme : “J’ai terminé”. Alors, dit le soldat, nous avons commencé à tuer tous les Chrétiens là présents. Quand arriva le tour de l’évêque, on lui cassa l’épaule ; puis on lui proposa de renier sa religion. Ce qu’il refusa. On lui cassa la deuxième épaule, et on lui adressa la même demande. Mais il resta ferme dans sa foi. Et alors on l’assomma et le tua, pendant qu’il répétait : “Je vis et meurs en la religion du Christ”. »

Quatre ans après ce massacre, le même chef gendarme, Nouri Ombachi, a été enseveli avec sa famille dans sa maison par suite de la chute d’un grand bloc de pierre tombé de la forteresse de Mardine. Une Arménienne qu’il avait prise pour femme a échappé à cette mort, étant à cet instant hors de la maison.

Hassaké, le 11 mars 1966

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...et, une fois de plus, la bure franciscaine fut teinte du sang des martyrs...
LeonardMelki
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